Pour la Journée de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes du 6 décembre, la Table de concertation de Laval en condition féminine (TCLCF) organisait, le 2 décembre 2008, une rencontre avec ses membres sur le thème de la publicité sexiste, et de l’hypersexualisation. Une trentaine de femmes ont pris part à la rencontre au cours de laquelle Madame Josée Quenneville de la Meute MédiAction a présenté un atelier intitulé « Décodage d’images » qui visait à analyser les composantes des publicités sexistes et leurs impacts. Puis, Mesdames Julie Dagenais et Michèle St-Amand du Centre de prévention et d’intervention pour victimes d’agression sexuelle de Laval (CPIVAS) ont proposé une réflexion sur les liens possibles entre hypersexualisation et abus sexuels chez les jeunes.
La première présentation a mis en lumière l’impact des messages véhiculés par la publicité sexiste sur les représentations que l’on se fait du rôle de la femme. Comme le souligne Madame Quenneville « nous sommes confrontés quotidiennement à près de 5000 images publicitaires qui s’impriment dans notre cerveau et en viennent à être tolérées et même, considérées banales. » L’imagerie publicitaire sexiste présente les femmes et les hommes dans des relations inégalitaires. La femme a une attitude passive ou soumise, nue ou à demi nue, ayant l’air disponible à des rapports sexuels et souvent dans une position suggestive voire dégradante. L’homme est plus souvent actif, sportif, ou dans une position de pouvoir et de domination. Ceci a pour conséquence de perpétuer des stéréotypes selon le genre et de banaliser les violences faites aux femmes. S’ajoute l’imposition de standards de beauté inatteignables, de jeunesse éternelle, de recherche du « sex appeal », qui constitue une pression sociale énorme pour les femmes qui investissent efforts et énergie pour s’y conformer, puis connaissent des échecs qui nourrissent leur mal-être et leur détresse.
Quant à l’hypersexualisation, un enjeu majeur du phénomène réside dans la normalisation de l’érotisation précoce des jeunes filles et dans la banalisation de pratiques sexuelles axées sur la performance et inspirées de la pornographie. « Les jeunes filles sont considérées comme objet sexuel à soumettre au plaisir de l’homme et non comme une personne capable de reconnaître ses propres besoins et d’agir de façon autonome » de mentionner Madame St-Amand. Les conséquences de l’hypersexualisation des jeunes filles sont multiples : diminution de l’estime de soi et de la confiance, difficulté à s’affirmer et à se faire respecter, banalisation de la violence et augmentation de la vulnérabilité face à l’exploitation sexuelle.
De plus, les participantes ont été invitées à faire un montage à partir d’une publicité sexiste en modifiant les composantes stéréotypées, en attribuant une personnalité aux modèles présentés et en leur donnant la parole. L’activité a été l’occasion de se réapproprier une partie de l’espace publique en donnant une image positive aux femmes et en leur permettant de s’affirmer.
Enfin, la TCLCF a démarré une pétition demandant au Restaurant San Antonio et à la Société de transport de Laval le retrait d’une publicité sexiste des autobus publics. Cette publicité présente une jeune femme en bustier révélateur, des épaules à la poitrine, devant une pièce de viande. Le slogan clâme : « La meilleure viande en ville ». Aux yeux de la TCLCF, cette publicité est dégradante, car elle réduit les femmes à un produit de consommation et elle ne devrait certainement pas se retrouver sur les autobus d’une société d’État.