| Du 5 au 7 décembre 2007, la Table de concertation de Laval en condition féminine présentait une exposition d'art dans le cadre de la Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes, en collaboration avec le collège Montmorency. Intitulée "Non à la violence! Nous la vivons au quotidien et c'est assez!", elle avait pour objectif de sensibiliser le public lavallois à la violence envers les femmes et de susciter une prise de conscience collective de cette problématique qui affecte toutes les couches de la société. |
Une oeuvre de Katrina de Pierre |
L'exposition s'est déroulée dans l'agora du collège Montmorency. Le vernissage a eu lieu le 6 décembre et des kiosques ont été présentés tout au cours de l'exposition.
Voici le discours prononcé lors du vernissage par Chantal Crochetière, présidente de la TCLCF et vice-présidente du Syndicat de l'enseignement de la région de Laval :
Tout d’abord, je tiens à remercier et à féliciter toutes les personnes impliquées, de près ou de loin, dans l’organisation de cet événement qu’on peut très bien surnommer une réussite! Justement, je vous souhaite la bienvenue à ce vernissage qui a pour thème «Non à la violence! Nous la vivons au quotidien et c’est assez!». Vous savez, le 6 décembre 1989, il s’est produit un désastre à l’école Polytechnique où 14 femmes ont perdu leur vie parce qu’elles étaient des femmes. La population n’a pas pu fermer les yeux, cette fois, comme il est souvent plus facile de le faire. Si cette journée est devenue la «Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes», c’est entre autres pour nous souvenir de laisser nos yeux ouverts.
Toutes les manifestations de violence faite aux femmes ne sont pas médiatisées sinon un quotidien de plusieurs pages, géré par des femmes, serait nécessaire! Toutefois, ces manifestations quotidiennes sont bien réelles et ne sont pas discriminatoires. Chacune d’entre nous peut se retrouver, à un moment de sa vie, à subir cette violence.
Personnellement, quand je pensais à ce que j’étais pour vous dire aujourd’hui, je me considérais très choyée, mais plus je réfléchissais, plus il y avait d’événements qui remontaient à des moments où j’ai subi certaines violences parce que je suis une femme. J’inclus à cette liste toutes les violences collectives, souvent très subtiles mais tout de même existantes telles la publicité sexiste, l’octroi d’un emploi et combien d’autres. De plus, étant enseignante depuis plus de 15 ans, j’ai très souvent été en contact avec la violence faite aux femmes, que ce soit mes collègues ou les mamans d’élèves.
Le réflexe qu’a la population québécoise en général, lorsqu’on parle de violence faite aux femmes, c’est de se référer aux pays dans le monde où la femme n’a pas encore l’égalité de droit, où les hommes ont tous les pouvoirs sur les femmes. Ces situations sont évidemment à dénoncer et nos luttes doivent se poursuivre afin que toutes les femmes de la planète soient considérées à leur juste valeur. Par contre, il faut absolument regarder ce qui se passe aussi dans notre propre cour. Nous vivons à Laval, une ville considérée prospère, qui prend de plus en plus de place à l’échelle québécoise et, pourtant, tellement de femmes sont démunies, subissent toutes sortes de violences sans pouvoir obtenir d’aide malgré leurs cris d’alarme, et ce, sans compter toutes celles qui se terrent dans leur solitude, ne sachant pas à quelle porte frapper.
Il est tout à fait inacceptable qu’ici, en 2007, toutes les femmes victimes de violence ne puissent avoir accès à des services appropriés, adéquats et en quantité suffisante.
Le 14 novembre dernier, la Table a organisé un colloque sur la détresse psychologique des femmes et le nombre de personnes qui étaient présentes (un seul homme toutefois), démontre très bien le grand besoin d’aide des femmes lavalloises. Vous me direz peut-être qu’on parle ici de détresse psychologique et non de violence, mais combien parmi ces femmes en détresse psychologique le sont à cause de la violence faite à leur égard et combien parmi elles la subissent parce qu’elles sont en détresse psychologique. Il y a tellement de liens à faire, que parfois on s’y perd.
C’est pour tenter de s’y retrouver et aussi pour faire en sorte de ne pas oublier que des journées comme celle d’aujourd’hui existent. Plus jamais, et ce depuis 1989, je ne pourrai voir la date du 6 décembre comme n’importe quelle autre date. J’aurai toujours des pensées tout d’abord pour les victimes et surtout leurs familles qui, à chaque année, revivent cette journée remplie de toutes sortes d’émotions, et aussi des pensées pour toutes ces femmes qui subissent la violence parce qu’elles sont des femmes.
À toutes ces femmes, je dis : «Bon courage!» et, à nous toutes et tous, je répète : «Non à la violence! Nous la vivons au quotidien et c’est assez!».
Source : Bulletin du SERL, 13.12.2007
> Album photos de l'exposition
Pages reliées :
Une exposition en mémoire du 6 décembre, Courrier Laval, 09.12.2007
Autopsie féministe du 6 décembre, Courrier Laval, 09.12.2007
Commémoration du 6 décembre - Contrer encore et toujours le ressac anti-féministe et la violence faite aux femmes, Marie-Ève Surprenant et Manon Monastesse, 06.12.2005
Une oeuvre de Katrina de Pierre