Le gouvernement fédéral annonçait récemment des coupures budgétaires de l’ordre de 5 millions de dollars à l’endroit des organismes de défense des droits des femmes et ce, à même le Programme de promotion de la femme de Condition féminine Canada. C'est le seul programme fédéral pour les groupes de femmes. Plus précisément, le gouvernement a décidé qu’il ne financerait plus d’activités de sensibilisation à la réalité vécue par les femmes, ni d’actions visant la représentation des intérêts des femmes. Cela signifie que les organismes de première instance, comme les maisons d’hébergement, se verront désormais octroyer du financement seulement pour les services rendus aux femmes, mais qu’aucun budget ne leur sera accordé pour sensibiliser et informer la population quant aux problématiques vécues par les femmes, donc pour faire de la prévention. Dans cette même logique, cela signifie que les organismes oeuvrant uniquement pour la défense des droits des femmes, comme la Table de concertation de Laval en condition féminine (TCLCF), n’ont apparemment plus de raisons d’être aux yeux du gouvernement.
Pour les groupes oeuvrant au premier plan avec les femmes, ces coupures feront en sorte qu’ils ne répondront plus d’abord et avant tout à leur mission et qu’ils seront désormais confinés dans une logique de services, donc d’offres et de demandes. C’est d’ailleurs ce que la porte-parole de Bev Oda, ministre responsable de la condition féminine au Canada, a affirmé au journal La Presse, dans l’édition du 5 octobre 2006, lorsqu’elle a dit vouloir subventionner des actions plutôt que des paroles. Une telle décision aura des impacts directs sur les femmes, puisque le travail de sensibilisation et d’information à leurs problématiques ne sera plus reconnu, ce qui laisse croire que le gouvernement n’envisage plus de changements sociaux profonds.
Par son refus de soutenir les groupes de défense des droits des femmes qui représentent les intérêts des femmes et qui oeuvrent pour que leur réalité soit prise en compte, le gouvernement signifie-t-il que l’égalité de fait entre les femmes et les hommes est désormais atteinte au Canada? Auquel cas, faut-il rappeler que, même en 2006, les femmes sont encore victimes de discrimination systémique, que cela se traduise par la violence qu’elles subissent encore trop souvent ou par la pauvreté qui afflige encore majoritairement les femmes et les enfants. Pourtant, le gouvernement du Canada a ratifié en 1981 la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et s’engageait du coup à mettre de l’avant des mesures qui visent à mettre fin à toutes formes de discrimination à l’égard des Canadiennes.
En plus des coupures fédérales, plus près de nous au niveau provincial, l’engagement gouvernemental pour la prise en compte des intérêts des femmes est tout autant préoccupant. Depuis 2003, les femmes et les groupes de femmes attendent patiemment le renouvellement de la politique en condition féminine dont l’absence à l’heure actuelle entraîne des conséquences au niveau, entre autres, de la légitimité des actions portées par les organismes oeuvrant à l’amélioration de la condition féminine. Cette légitimité d’action est d’autant plus remise en cause dans un contexte néolibéral où on constate la montée d’un anti-féminisme de plus en plus affirmé qui se traduit, par exemple, par une tendance gouvernementale à symétriser les problèmes vécus par les hommes avec ceux vécus par les femmes. À cet effet, lorsqu’il est question de la future politique en condition féminine, on parle plutôt maintenant de la politique d’égalité entre les hommes et les femmes, ce qui a pour effet d’éluder la question de la discrimination systémique à l’égard des femmes.
Cette réalité a tout lieu de rappeler l’urgence de l’action concertée pour remettre au premier plan les femmes qui sont les principales touchées par la montée actuelle du néolibéralisme, dont les politiques ont pour effet d’affecter davantage les plus démunies de la société. C’est dans cette vision d’actions concertées que la TCLCF a procédé le 16 octobre 2006 au lancement du DVD Lavalloises, en marche! qui vise à rappeler les luttes et les actions portées de concert par les Lavalloises et les Lavallois au cours de l’année 2005 dans le cadre de la Marche mondiale des femmes. Dans le cadre actuel de coupures financières, faut-il penser que ce genre d’action qui rassemblent des centaines de Lavalloises et de Lavallois ne seront plus possibles désormais? Chose certaine, couper le financement des organismes de défense des droits des femmes, c’est faire taire les voix des femmes, voix qui se font déjà peu présentes et surtout peu entendre.
La TCLCF est un réseau régional qui agit pour que les droits et les intérêts des femmes soient respectés et ce, en travaillant avec ses membres à l’amélioration de la qualité et des conditions de vie des femmes, aux plans social, économique et politique. Depuis plus de 15 ans, la TCLCF développe un espace de solidarité entre les groupes de femmes de Laval en plus d’initier des actions collectives qui mèneront à une véritable égalité entre les sexes.
Ralliement du 10 décembre 2006 à Ottawa en faveur de l’égalité, des droits humains et de l’accès des femmes au gouvernement et aux cours de justice.
Pages reliées :
Vidéo : Remettons l'égalité sur les rails!, Coalition pour l’égalité des femmes, 12.2007
Vidéo : Entrevue d'Andrée Côté de l'Association nationale Femmes et droit, CPAC, 11.12.2006
Déclaration pour la Campagne du 10 décembre en faveur de l'égalité et des droits humains des femmes, 10.12.2006
L'importance de financer les groupes de femmes, Association nationale Femmes et droit, 09.2006